Fédra fevrier 2010 | cet article en pdf - imprimez cet article - retour au sommaire


L’année zéro
Il y a dix ans, lorsque l’idée fut lancée, au cabinet de la Fonction Publique, de fonder un mensuel pour les fonctionnaires fédéraux, le bébé n’avait pas encore de nom. Même après plusieurs sessions de brainstorming, le magazine restait sans titre. Le ministre Van den Bossche Senior proposa alors de poser la question aux fonctionnaires eux-mêmes, sous la forme d’un concours. Résultat, pas moins de 2.156 réponses, dont le nom 'Fédra'. La réaction de la rédaction fut immédiate: 'génial'. Le lien avec 'fédéral' était clair et un prénom féminin connu était facile à retenir. Le ministre fut interrompu en pleine réunion par le rédacteur en chef qui posa sur son bureau une boîte de dragées avec ces mots: «Félicitations monsieur le ministre, c’est une fille.»
Le gagnant, Herman Leenders, reçu peu de temps après un prix de 30.000 francs (on comptait encore en francs à l’époque et non en euros…) sur son compte en banque.
De toute pièce
La même pénurie de nom frappa un autre projet du ministre Van den Bossche: la grande réforme de la fonction publique. C’est à nouveau l'extérieur qui vint à la rescousse pour trouver l’appellation 'Copernic'. Une trouvaille que l’on ne doit ni au cabinet ni au ministère de l’époque mais à un journal. Dans son premier numéro, Fédra est parti à la recherche de l’inventeur et l’a trouvé… à la rédaction du quotidien De Standaard.
Contrairement à Herman Leenders, l’inventeur du nom 'Plan Copernic' n’a lui reçu aucune récompense. Mais il a économisé quelques crampes aux doigts. Voici un extrait de l’article paru dans Fédra, première année, numéro 1:
On est le 16 février 2000: Le Premier Ministre Verhofstadt et le Ministre de la Fonction Publique Van den Bossche présentent au conseil des ministres leur plan de réforme de l’administration fédérale. Le projet ne se voit attribuer aucun nom particulier par ses géniteurs. Son baptême n’aura pas lieu rue de la Loi mais bien à la rédaction du Standaard, à Groot-Bijgaarden. Le nom de 'Plan Copernic' lui sera donné.
«En réalité, j’étais assez désespéré», explique le journaliste Guy Tegenbos. «La note de Verhofstadt et Van den Bossche était affublée d’un titre d’une longueur alarmante. 'Plan général et blablabla et blablabla'… Je voyais déjà ce monstre avaler des pans entiers de mon article. Rien d’autre à faire que d’essayer de trouver moi-même un nom.»
C’est son collègue Pieter Van Doorne qui est arrivé à la rescousse. Peut-être pouvait-on utiliser la date. Il se propose de contrôler ses banques de données. Guy Tegenbos poursuit: «Quelques heures plus tard, il revenait bredouille. Rien, a-t-il soupiré. Copernic est né un 16 février mais cela ne peut pas te servir à grand-chose. Cette remarque déclencha immédiatement une idée en moi. C’est Copernic qui le premier a affirmé que la terre tourne autour du soleil et non le contraire. Le parallèle était évident: Verhofstadt et Van den Bossche déclaraient eux que c’est le citoyen qui doit occuper une position centrale et non le fonctionnaire. L’accord Copernic était né.»
La fonction occupée par sa fille, Isabelle Tegenbos, au cabinet du ministre Van den Bossche a-t-elle exercé quelque influence? «Absolument pas, affirme Guy Tegenbos, le ministre a lu ce nom le lendemain dans le journal comme vous et moi.»
L’un des dadas du monde journalistique est de donner naissance à des noms qui volent ensuite de leurs propres ailes. Au palmarès de la rédaction du Standaard, figure également les accords Octopus.
Guy Tegenbos explique: «Parce que huit parties on dû participer à la conclusion de l’accord. Ce nom a pris un peu plus de temps pour s’acclimater. Ce n’est qu’après quelques jours que les porte-parole ministériels ont repris cette appellation. Ce nom leur semblait en effet avoir une connotation négative. Comme si c’était notre faute qu’une pieuvre ('octopus') soit une bête bizarre! Copernic suscite apparemment moins d’appréhension car ils ont repris ce nom sans hésitation.»




